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Wednesday, 27 May 2026
Il y a eu un temps que les Français ne connaissaient pas Shakespear
On peut voir des mobiles patriotiques.
Après tout, Shakespear vilipendie Sainte Jehanne (pas encore canonisée) et soutient que les rois d'Angleterre auraient un droit à la France.
On peut voir des mobiles de versification.
Le pentamètre iambique ne va pas très bien avec la langue française.
On peut voir des mobiles d'académie.
Si une certaine académie trouvait défaut chez Corneille, pourquoi même considérer Shakespear, genre Corneille au cubique ?
On peut voir des mobiles politiques.
Fénélon se trouva en disgrâce pour son Télémaque, parce qu'il est anti-absolutiste. Shakespear semble avoir une relation un peu tendu à l'absolutisme des Tudor (d'ailleurs le modèle hérétique de l'absolutisme français, à partir de Cardinal Richelieu).
On peut voir des difficultés de prononciation.
Pourquoi prononce-t-on Lear comme "lîre" ou à l'époque peut-être encore comme "lêre" ? Et lire (!) Shakespear avec une mauvaise prononciation, c'est atroce.
Combien de Français compareraient Shakespear à Kaamelott de nos jours ?
Je viens de trouver un homme (avocat, a priori instruit) sur FB qui trouvait remarcable que l'Antipape Prevost ait cité une phrase du Seigneur des Anneaux, et un autre qui prétendrait qu'alors il aurait pu citer Eye of the Tiger. Or, Eye of the Tiger est, comme pas mal des poësies de Tolkien, un peu simple en message, mais c'est surtout la célébration d'une pure survie comme achêvement admirable. Les poësies de Tolkien ne sont quasi jamais auto-célébrations, ni de l'auteur, ni du personnage. Le personnage de Tolkien (en prose, en occurrence) délibérait sur les enjeux de la situation fictive, et l'antipape veut délibérer sur les enjeux de la situation actuelle. Le problème est plutôt comment, et si on regarde les lettres, il y a peut-être de quoi refuter Prevost.
Mais pour cet homme français, Tolkien était simplement bas de gamme, un peu comme (sans doute aussi) Eye of the Tiger. Il y a quelques siècles que les Français ont cessé de faire ça sur Shakespear. Avait-il juste vu les films en étant insensible aux paysages ? Et à la musique. Quand Tolkien se fit composer dans ses poësies, c'était pas un Donald Swann, le meilleur pour ce qui est des chants des hobbits. Pour Namárie, il interromput Donald Swann et fredonna en grégorien.
Hans Georg Lundahl
Nanterre, BU
Mercredi de Quatre Temps de Pentecôte
27.V.2026
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