Pour le faire, elle devrait être vraiment petite et bien soudée. À la limite avec un contrôle exorbitant sur une communauté plus vaste. Et même alors.
Prenons trois cas.
Si pour vrai Arjuna et Krishna vivaient
avant le Déluge,
"ce sont là les héros renommés dès les temps anciens" selon Genèse 6, et Rama et Hanuman
après le Déluge, selon Genèse 10, qui dit :
"Fils de Chus : Saba, Hévila, Sabatha, Regma et Sabathaca. Fils de Regma : Saba et Dadan. Chus engendra Nemrod : celui-ci fut le premier un homme puissant sur la terre. Ce fut un vaillant chasseur devant Yahweh ; c’est pourquoi l’on dit : « Comme Nemrod, vaillant chasseur devant Yahweh. »" Alors, les Hindous ont inventé leur passé en inversant les temps de Rama et de Krishna, de manière qu'en Mahabharata, Rama peut être présenté comme mourant à l'âge de 10 000 ans. La fonction ? En admettant que Mahabharata était avant le Déluge, tout le monde qui vit après est à peu près aussi proche des Antédiluviens, à travers Noé et ses fils, à la limite un des fils pourrait avoir eu une femme plus proche des Caïnites, mais en posant la Mahabharata plus que 10 000 après le Déluge, on a pu prétendre qu'une dynastie actuelle s'apprentait à Krishna et à Arjuna.
Encore, certains disent que la Mecque n'existait pas à l'époque quand Mahomet est censé avoir vécu. En effet, il semble y avoir des difficultés à la fois logistiques et de documentation. Ce qui donne au moins deux scenarios plus ou moins décalés par rapport à la tradition. Soit, Mahomet a vécu, mais en Jordanie. Autrement même histoire, mais on a juste déplacé la Kaaba quelques 1 569 km. Quelque problèmes pourtant, un interne, que dire alors de Yathrib ? Et un en comparaison avec l'archéologie, pourquoi est-ce que Muawiyya I ou II (j'ai oublié lequel) semble avoir été un Chrétien selon les monnaies qu'il a faites ? Nul doute que l'élite avait un contrôle assez stricte sur le large de la population, puisque Abou Bakr avait pu imposer son propre Quran, et les Qurans divergeants étaient brûlés.
Et voici le troisième cas.
Newtonisme, Héliocentrisme, Rosicrucianisme, Franc-Maçonnerie vont main en main pour répandre le mythe de Bruno et Galilée, punis pour avoir été des bons scientifiques et pour avoir fait une vraie découverte, comparable à l'électromagnétisme, la circulation du sang, les Amériques et Océanie.
Celui-ci est le plus proche à nous.
Les mythomanes vont normalement admettre les dates, 1600 pour l'exécution de Giordano Bruno et 1633 pour l'abjuration sous duresse de Galilée. Et ce sont là des faits concrets et durs, qu'on aurait du mal à fausser.
Mais les uns vont dire qu'ils avaient prouvé l'Héliocentrisme ... question philosophique, pas historique ... avec leurs arguments tels quels (le texte des arguments est par contre un fait historique). Certains d'autres, avides de sauver le Catholicisme ou sa réputation
devant les Modernes vont dire qu'ils n'avaient
pas encore prouvé l'Héliocentrisme. Ce qui pose la question historique quelle preuve ait été apportée après, et aussi la question philosophique si elle est une preuve.
Je m'occupe aussi de défendre le Catholicisme, mais pas tellement
devant les Modernes que
contre les Modernes. Non, les Modernes ne sont pas tout le monde aujourd'hui, ni tout le monde qui ne soit pas Musulman, Catho-Intégriste, Évangéliste, Bouddhiste etc. Les Modernes sont l'élite éduquée ou engagée contre "le passé" ou "le passéisme" ... Mélenchon est un Moderne quand il prétend que sa mère était mentalement blessée par le fait de croire le Catholicisme. Onfray un peu moins, il est davantage hédoniste que moderne. Mais il a du moderne dans l'intellect, d'où son athéisme. Une Mélenchoniste est moderne quand elle prétend que les Espagnols auraient délibéramment contaminé les Indiens des Amériques avec la variole. Et elle s'en foûtait totalement des faits, si son propos était véridique ou non, mais voulait une excuse d'haïr les Espagnols et donc l'Église. Par contre, sur un fait très saillant pour son mythe, il n'était pas inventé. Les Indiens ont effectivement été contaminés, que des Espagnols l'aient voulu ou fait exprès ou non. Et ils avaient effectivement une immunité inférieur vis-à-vis ces pathogènes ... "il grandira, car il est Espagnol" n'est pas une glorification chauviniste des Espagnols, c'est un constat de ce fait.
Mais un homme de la même rue qui va simplement au boulot n'est pas forcément un Moderne. Il a juste l'habitude de vivre ou de vivoter sous la Modernité.
Retournons donc à notre troisième cas, et les deux mythes alternatifs.
Mais les deux comprennent très bien que Bruno était brûlé en 1600 et Galilée abjurait en 1633.
L'une des versions dit, Bruno et Galilée étaient des excellents scientifiques, à peu près comme on les entend de nos jours, donc l'Héliocentrisme en fin de compte prouvé par le fait d'être la seule cosmologie qui repose sur des causes purement matérialistes. Ce qui est ridicule. Ou encore, l'Héliocentrisme prouvé par une application du rasoir d'Occam, contre les épicycles. Mais Occam disait "entia non praeter necessitatem multiplicanda" et non "motus non praeter necessitatem multiplicandi" ... un épicycle est un motus, pas un ens. Et ni Galilée, ni Bruno, ni Copernic n'étaient matérialistes. Par contre, les faits extérieurs sont bien gardés en place.
L'autre version dit, et c'est la réplique des Catholiques, ou de ceux qui voudraient défendre leur religion
devant les Modernes, non, Bruno était un mystagogue (vrai), brûlé pour Panthéisme (vrai ou à peu près*) et Galilée surestimait son acuité de scientifique (vrai aussi), et ensuite, il s'embrouillait avec à peu près tout le monde, et son cas était dû à une machination politique.
Cette version digère un peu davantage des faits, mais en manque encore. Par contre, le fait que Simplicio était basé sur la personne du pape Urbain VIII est bien saisi. Malheureusement, comme avec l'épidémie et les Indiens, ainsi avec l'insulte et le procès, il y a un glissement vers une intentionalité non prouvée. Une variante (encore un peu plus éclairé) dit même que Galilée un jour aurait impliqué des choses contre la Transsubstantiation, et qu'il avait été embrouillé dans ce procès de moindre importance parce que son amis Urbain VIII tenait à le sauver.
Et comme la Mélanchonniste avait besoin d'un très, très méchant Espagnol pour condamner la Conquête des Amériques, ces Catholiques là, qui défendent l'Église
devant les Modernes, a besoin d'un autre mobile que le mobile doctrinal pour la condemnation de Galilée. Quitte à noircir la procédure de l'Église dans une vendette personnelle, comparable à Andropov à propos le viol de sa fille Irina.
Mais encore une fois. On omet des faits, on en ajoute un demi-fait ou pseudo-fait, en identifiant le clerc que Galilée anonymise dans sa Lettre à l'Archiduchesse Christine, avec Cardinal Baronius, qui se serait donc prononcé contre une dogmatisation des passages bibliques dans le sens du Géocentrisme. Baronius était par contre déjà décédé quand le débat, voir la querelle, autour de l'Héliocentrisme éclate avec le livre de Foscarini en 1615. 8 ans après le décès de Baronius. Par contre, les faits extérieurs qu'on cite, on ne les déforment pas. Bruno est toujours brûlé en 1600 et Galilée abjure toujours en 1633, devant ses Inquisiteurs, pour ne pas être brûlé si ce n'est pas encore** par conviction.
Pourquoi m'occupé-je donc sur les "mythogenèses" ? Parce que, pour la vaste plupart, ou quasi sans exception, le mythe d'une communauté a besoin de se fonder sur des faits, pas de jouer librement avec. Au moins ce qui concerne les faits extérieurs, très facilement vérifiables, et si cette fondation n'est pas coupée par une distance de temps avec oubli et découverte. Car, si on prétend une chose oubliée et de l'avoir redécouverte, on peut affirmer librement du n'importe quoi, exemple le Livre de Mormon, qui aurait été enfouillé entre vers 400 après Jésus-Christ et 1823. Item pour la théologie des Musulmans en Sourate 5, qu'on n'a pas des Chrétiens, qu'on prétend que les Chrétiens auraient oublié.
Or, le "mythe" de la Crucifixion, Résurrection, fondation ecclésiale et Ascension au Ciel de Jésus-Christ n'est pas quelque chose que nous les Chrétiens prétendons avoir découvert après oubli, ni que nous prétendions. C'est totalement contigu, encore davantage qu'entre Galilée et le Newtonien Désaguiliers, fondateur Maçonique.*** On n'a pas le temps d'avoir oublié et de redécouvrir.
D'où le manque de l'opportunité de fausser les faits même crus. C'est difficile de dire à des Israëlites
"comme vous aviez traversé la Mer Rouge l'année passée, célébrons Pascha" si personne dans la communauté à laquelle s'adresse Moïse avait un traitre mémoire d'avoir traversé la Mer Rouge. C'est également difficile de dire à des Chrétiens
"comme je vous ai enseigné, Jésus est resuscité, on l'a touché" si, avant, on leur avait juste enseigné une Résurrection purement spirituelle et une vision quasi en prophétie, comme celle de Daniel sur le Ciel.
Et en plus, l'Église n'avait pas à cette époque les Moyens de contrôler une société. Rien comme le contrôle que St. Robert Bellarmin avait comme Inquisiteur. Rien comme le contrôle que les pro-Galilée ont sur les écoles publiques et pas mal de privées. Rien.
Hans Georg Lundahl
BU de Nanterre
S. Ephrem
18.VI.2026
Edessae, in Mesopotamia, sancti Ephraem, Diaconi Edesseni et Confessoris, qui, post multos labores pro Christi fide susceptos, doctrina et sanctitate conspicuus, sub Valente Imperatore quievit in Domino, et a Benedicto Papa Decimo quinto Doctor Ecclesiae universalis est declaratus.
* L'analyse de sa mystagogie est un peu énigmatique, il avait une liste de propos à abjurer, a refusé et en ensuite été brûlé. Peut-être que des thèses aient été compris d'une manière par lui et une autre par St. Robert Bellarmin, mais ce n'est pas trop probable. Ensuite, si une de ses thèses est effectivement panthéiste ou s'en rapproche juste trop, c'est encore un débat ... de terminologie. ** Une lettre de 1641, on dispute si Galilée s'était entretemps vraiment convaincu ou s'il était juste prudent. *** Lyndon LaRouche Jr. considérait que l'anticatholicisme des Maçons étaient en continuité avec celui de Sarpi, ami de Galilée, politicalement ennemi du Saint-Siège : soit, mais l'élite sarpienne n'est pas la communauté qui valorise depuis le début de la Maçonnerie le cas Galilée. Elle serait alors derrière les deux, pas identique à l'une ou à l'autre.