Sunday, 16 August 2026

Si Sola Scriptura est une erreur ... peut-on comprendre la Bible sans l’autorité de l’Église catholique ?


Tout d'abord, est-ce que sola scriptura est une erreur et en quel sens ?

Un certain Occam, très connu pour son "rasoir" (entia non praeter necessitatem multiplicanda), écrivit un dialogue.

Selon ses réponses au disciple (dont la contribution est donc de poser des questions), il y a deux écoles.

L'une disait "le Chrétien est tenu de croire tout ce qui est dans la Bible" et l'autre "le Chrétien est tenu de croire tout ce qui est dans la Bible, la tradition depuis les Apôtres, les chroniques fiables, les conclusions logiquement strictes de tout ceci et encore dans les prophéties privées si authentifiées par l'Église" ... le disciple notait que la référence au magistère manquait (sauf pour authentifier les prophéties), par contre Occam répondit que les décisions du magistère n'ajoutent pas à ce que la Bible ou la Bible et les autres choses contiennent. Ces décisions si correctement faites ne font que trancher qu'une chose est dans les sources de la foi qui sont à croire.

Cru dans ce sens "sola scriptura" n'est pas tellement une erreur qu'une inexactitude. Les choses de la tradition depuis les Apôtres sont normalement des précisions comment ils ont cru la Bible, notamment l'Ancien Testament selon l'instruction de Notre Seigneur. Les chroniques exactes (par exemple disant que Georges de Lydda ait subi un martyre ou que Carlo Acutis ait fait une site, qui élargissait une exposition sur les miracles eucharistiques, ou qu'il a subi sa leucémie avec de la grâce) sont à croire en tant que des applications de ce qui est dans la Bible. Item des chroniques exactes sur une bulle en 1854 ou un concile en 1869&mash;70. La logique n'ajoute surtout pas à ce qui se trouve dans les prémisses, elle ne fait que montrer ce qui est déjà là. Les prophéties privées (comme les Extravagantes de Ste Brigitte étaient et comme mes écrits ne le sont pas) sont à scruter selon la Bible. Dans ce sens on peut dire que tout ce que le Chrétien doit croire est dans la Bible avec quelques petites annexes. Le magistère fait figure de l'homme de Dieu mentionné par St. Paul :

Pour toi, demeure ferme dans ce que tu as appris, et dont tu as la certitude, sachant de qui tu le tiens, et que, dès ton enfance, tu as connu les saintes lettres, qui peuvent te donner la sagesse qui conduit au salut par la foi en Jésus-Christ. Toute Écriture est divinement inspirée, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour former à la justice, afin que l’homme de Dieu soit parfait, apte à toute bonne œuvre.


L'enseignant (voir Jacques 3:1) qui utilise la Bible pour enseigner (formellement dans l'Église) est très probablement l'Évêque diocésain. Il détient (sur un niveau à lui seul subordonné à celui de l'Église universelle) le pouvoir d'enseigner de manière de lier les consciences, donc il est magistère.

La Bible a en soi besoin du magistère pour être utile en toutes ses dimensions. Donc, à Paris, je me soumets à ce que définissait l'Évêque Étienne II Tempier, sauf s'il y avait un soupçon contre l'orthodoxie de Frère Thomas de Sicile ou St. Thomas d'Aquin, car si ce soupçon existait, il était levé 48 ans plus tard par Étienne III avant la canonisation de ce docteur de l'Église.

Ce qui nous ramène à Session IV du Concile de Trente. Doit être puni, non celui qui a osé se fier sur ses propres moyens intellectuels (proprio ingenio) mais celui qui ayant osé se fier (proprio ingenio innixus) fait encore une autre choses, ceci étant d'interpréter la Bible :

  • contre le sens qu'a ténu et tient l'Église
  • ou encore contre (littéralement "autrement que selon") le consensus des Pères de l'Église.


Alors, qu'est ce qui se passe si un fidèle ou un religieux et craignant Dieu (comme Corneille avant son baptême) lit la Bible et l'interprète sans d'avoir recours au magistère ?

Bien, ça dépend très bien du pourquoi il n'a pas du recours au magistère.

Et encore de quoi il fera le jour qu'il trouvera une interprétation contredite par celui-ci.

Et pas moins, bien entendu, s'il lui arrive de contredire le magistère du passé et du présent.

La bonne réponse est, s'il n'a pas d'intention d'ériger son interprétation contre celui de l'Église, sa tradition exprimé dans le consensus des Pères (ou le consensus des Pères ayant traité de la question) ou son magistère du passé et du présent, alors il est au moins pas coupable.

Ensuite, aura-t-il tombé dans une erreur intellectuelle, sinon damnante ?

Possible, et s'il persiste dans la docilité, il va s'en sortir s'il a besoin.

Ce qui est par contre pas du tout certain est sur quel niveau il va se trouver en erreur.

Les erreurs du protestantisme ne sont que des idées qu'étaient à la mode à l'époque des réformateurs*, ce n'est pas du tout le sens très littéral de la Bible tel qu'il apparaît nécessairement sans la "correction" du magistère, tout comme les erreurs du Judaïsme ne sont pas du tout pris du sens très littérale de l'Ancien Testament non "corrigé" du Nouveau Testament.

Et donc, il n'y a aucune certitude que quelqu'un laissé à ses propres moyens intellectuels devant la Bible, sans le magistère, va tomber dans des erreur.

Notez, s'il vous plaît, j'ai parlé du magistère du passé et du présent. 1277 n'est pas dépassé à Paris, sauf pour l'innocence de St. Thomas d'Aquin, qui n'est plus mise en cause. Une position que le magistère tenait partout, soit directement par magistère unversel, soit par l'universalité des évêques ordinaires qui enseignaient la même chose, ne peut pas, contrairement à un acte local par Étienne II, être dépassée.

On n'est pas tenu à croire une position que le magistère du présent promeut et qui contredit le magistère du passé. Au Concile de Trente, on n'avait pas encore défini les pouvoirs entre pape et évêques locaux comme dans le Concile du Vatican, l'Église tient un sens peut très bien être tenu pour l'Église local tient une chose. Et si l'Église locale, prise pour ayant un évêque siégeant, à Upsale, à Skara et j'en passe, "maintenant" (en 1547) que la Messe est une superstition, le Concile de Trente veut bien entendu que les Suédois préfèrent le sens que l'Église (même à Upsale et Skara) avait tenu dans le passé avant 1520 et 1527.

Certains voudraient prétendre que l'Immaculée Conception serait un exemple du contraire, parce qu'il y a une grande prépondérance contre dans l'Occident, St. Augustin est contre et pas mal d'autres, jusqu'au St. Thomas. Mais c'est oublier que l'Église de l'Occident et enfin à partir de 1854 l'Église universelle doit la doctrine à l'Église d'Orient. St. Jean de Damas était explicitement pour, les formes grecques et coptes de Sub tuum praesidium finissent avec un privilège unique mariale** de pureté qui doit être autre que juste la virginité, car il y a plein de vierges. Et ceci avant que les persécutions de Dioclétien finissent. Après, il y a divers explications comment la doctrine est rentrée en Occident. Certains disent par les Croisés (et donc après que des Orientaux étaient déjà en Schisme ... mais pas tout à fait, Antioche et Jérusalem ne coupent pas les liens avec Rome avant la Croisade). On peut évoquer St. Simon Stock qui avait été à Mont Carmel. Et j'aime évoquer Ste Anne de Kiev parce que de racine suédoise par sa dynastie et aussi parce qu'elle est reine de France avant le Schisme.***

Donc, non, pas d'exemple génuine de ce côté là qu'une position magistrale postérieure ait pu primer sur une position antérieure, si la position antérieure était universelle.

Et voici le truc. Le créationnisme jeune terre et le géocentrisme, ils étaient un sens très bel et bien tenu par toute l'Église. Certains ont voulu ériger Galilée comme exemple contre, il était Catholique mais pourtant (à un moment donné) pas géocentrique. Or, il n'était pas le magistère, ni son représentant et il a fini condamné à abjurer des thèses pour lesquelles il était soupçonné. Et quand dans sa lettre à la grande-duchesse il cite un ecclésiastique de haute position anonymisé dans cette lettre, certains y ont voulu voir l'homme très en odeur de sainteté et très proche du magistère qu'était le Cardinal César Baronius. Nenni. Au moins pas dans ce contexte.

Catholic Answers, aux États-Unis, sont en train de promouvoir que Baronius aurait dit la phrase écrite par Galilée. Quel "gefundenes Fressen" pour un Héliocentrique catholique, si c'était vrai. Il était un grand ascète et pénitent. Il était ami de St. Philippe Neri. Il était le grand défenseur de l'Église catholique sur le plan historique, car un Luthérien ou quelques-uns avaient écrit une histoire très faussée (Les Centuries de Magdebourg) et l'histoire ecclésiastique par Baronius s'appelle Réfutation des Centuries de Magdebourg. Quel homme plus catholique pour promouvoir l'idée que l'Héliocentrisme soit anodin, s'il l'aurait dit, s'il avait dit les mots dans ce sens ? Il n'en est rien. L'affaire Galilée débute en 1611 ou quelque et Baronius est déjà mort depuis le 30 juin 1607. Galilée ne le nomme pas. Le fait que Galilée l'anonymise, c'est à dire sa source, non Baronius, pointe davantage à un autre cardinal. Barberini, proche ami de Galilée, intéressé dans la question. Comme on sait, pour Barberini, s'il l'a dit, un autre point de vue prévaudra. Dieu a pu créer le monde de n'importe quelle manière qu'Il ait voulu. Dieu a pu créer le monde de manière à nous paraître de n'importe quelle manière qu'Il ait voulu. On pourrait le parodier "est-ce que Dieu nous cache le Géocentrisme réel par ce qui apparaît aux astronomes ?" mais ce qui paraît est justement le Géocentrisme, et l'Héliocentrisme n'apparaît pas aux astronomes, il leur paraît vrai pour d'autres raisons, dont en partie athéisme et en partie déisme. Dieu a créé le monde géocentrique et Il l'a fait apparaître à nos sens da manière géocentrique, car Il est véridique.

Hans Georg Lundahl
Paris
XIIe dimanche après Pentecôte
16.VIII.2026

* Pardon, la bonne orthographe est bien entendu avec un d- au début. Mais l'orthographe avec un r- est tellement commune.
** συ μονη αγνη, συ μονη ευλογημενη
*** Et parce que ça fait un lien entre la France et l'Ukraine.

No comments:

Post a Comment