Sunday, 22 February 2026

Est-ce que Vincent Reynouard croit dans la langue française ?


Il cite, sans de distance critique, ce propos d'un Paul Degryse, Chamane : le chemin des immortels (Paris : Dervy, 2008), p. 255-256.*

Je n'en cite que partie, et je ne sais pas si elle se trouve sur la page 255 ou 256 ou à cheval :

Le langage étant un code collectif derrière lequel chacun met cependant ses propres vécus subjectifs, non seulement celui qui parle, quoi qu’il dise, ne fait en réalité que décrire sa propre perception du monde, c’est-à-dire lui-même, mais celui qui écoute ne fait qu’entendre ce qu’il dirait lui-même s’il employait les mêmes mots que son interlocuteur.


Je pense que ce genre de propos est un pire menace à la culture française qu'une baisse du niveau scolaire.

A) Parce qu'il fait une équivalence abusive entre la perception qu'on a de la réalité et la propre personne qui a cette perception ;
B) Parce qu'elle dénigre la communication verbale ;
C) Parce qu'elle fait tout ceci sans grande raison.

Oui, si je décris "j'ai mangé du yaourt ce matin" (ce n'est pas le cas) et si quelqu'un autre entend que je l'ai fait, je vais certes utiliser les mots qui pour moi décrivent ce que j'ai vécu, manger à cuillère, pas boire, yaourt, pas compote ou crême dessert et l'autre va comprendre ce qu'il aurait voulu dire par les mêmes mots. La pire chose qui puisse arriver est que l'autre imagine que les crêmes desserts soient des yaourts, que yaourt soit synonyme avec Danone, et qu'il imagine que j'aurait mangé une Danette plutôt qu'un yaourt. Même alors, il va comprendre que je n'étais pas totalement affamé après.

Prendre des crêmes dessert pour des yaourts, c'est effictivement un défaut de la culture française populaire. Mais tous les termes ne sont pas autant remis en cause. Si au lieu je dirais que j'ai bu un café noir allongé ce matin, il va avoir une meilleure compréhension, parce que café noir allongé est un terme que le français n'abuse pas.

Et en entendant ce qu'il dirait lui-même s'il employait les mêmes mots, il entend donc à des bonnes approximations près ce que j'ai voulu dire.

Je ne serais nullement étonné si Paul Degryse, se voulant Chamane, était aussi contre les bistrots.

Il dénonce une "fringale relationnelle" et, en effet, pas mal de notre existence contemporaine impose une disette de relations. Mon propre cas est exceptionnelle, mais pour les écoliers, il y a effectivement une ambition des professeurs d'être toute leur réalité et donc de les priver d'autres relations, pas que des amoureuses, mais simplement des amitiés. Un district scolaire de Hull impose à Charlie (dans le jeu VO, ça peut être un garçon ou une fille, on choisit l'avatar !) de s'abstiner avec une quelleconque communication avec Amelia, attractive, mais perturbeuse, car nationnaliste.

Imaginez une école privée, hors contrat, que Dieu les préserve !, mais si ce n'est pas une copine nationnaliste qu'on va imposer aux élèves de s'en priver, c'est quelque part une copine tout court, à un âge quand quand même une partie aurait été en train de se marier ou déjà mariés, s'ils avaient vécu quelques siècles en arrière. Et, pas mal souvent, des copains d'autres confessions, y compris pour une école FSSPX des copains Vatican-II-istes.

Dont les paroisses ne sont pas loin derrière en des tentatives de les isoler de tout nationnaliste, car Dignitatis Humanae aurait interdit la Chrétienté, donc les tentatives de la préserver au moins en partie ...

Jetons un œil sur un mobile rarement avoué dans l'affaire, Population par sexe et groupe d'âges, Données annuelles 2026 dont j'extrais le tranche d'âge pour avoir et les tranches d'âges pour être mentor de quelqu'un :

  F H ensemble
20-24 ans 1 922 2 013 3 935
 
60-64 ans 2 238 2 108 4 346
65-69 ans 2 105 1 887 3 992
70-74 ans 1 981 1 680 3 661
75 ans ou plus 4 541 3 145 7 686


F audessus de 60, 2 238 + 2 105 + 1 981 + 4 541 = 10 865
10 865 sur F 20-24 1 922 = 5,653

H audessus de 60, 2 108 + 1 887 + 1 680 + 3 145 = 8 820
8 820 sur H 20-24 2 013 = 4,382

H/F audessus de 60, 4 346 + 3 992 + 3 661 + 7 686 = 19 685
19 685 sur H/F 20-24 3 935 = 5,003


Pour la forme pyramide, 1968 donne 3 500 pour 20-24 et 8 900 pour 60+ pour la France métropolitaine.

8 900 / 3 500 = 2,543


Si j'avais été âgé 20 à 24 en 1968 (quand je suis né et n'avais donc pas 20 à 24 ans), j'aurais eu une offerte de 2,543 mentors potentiels. Si j'avais été âgé 20 à 24 aujourd'hui (mais né en 1968, j'ai davantage d'ans), l'offerte aurait augmenté à environ 5. Deux fois plus. Je pourrais en avoir une sursatiété.

Et la tactique pour contourner cette sursatiété est de créer une disette relationnelle, pour rendre le mentor incontournable. Devant cette tactique, c'est bien entendu un sabotage de se nourrir en relations en ligne, et je ne parle pas que de relations amoureuses, non, simple amitiés. Et dans cette perspective, la raison profonde pourquoi l'école fonctionne moins dans la transmission des savoirs est, l'école devient de moins en moins un moyen de se procurer les meilleurs mentors ou de s'en affranchir, et de plus en plus une préparation pour en avoir des médiocres. Une école qui perd son pouvoir d'attraction perd aussi l'attention à ses leçons. Et l'idée selon laquelle on devait se méfier de la langue partagée, elle n'est pas faite pour redorer les blasons de la grammaire. Vincent Reynouard dégrade encore la motivation, avec ceux qui le suivent.

Hans Georg Lundahl
Paris
Dimanche Quadragesima
22.II.2026

* Rivarol n° 3696, p. 10.

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