Saturday, 21 February 2026

Justice de Dieu


Le mot grec "théodicée" (Θεοδικία ou Θεοῦ δίκη) parle d'une réponse au dilemme d'Épicure.

Celui-ci dit, en effet, "si les dieux existent, soit ils ne sont pas tout-puissants, soit pas bons, car la souffrance injuste existe" ...

La plus simple réponse est de dire "non, si quelqu'un souffre, alors il est coupable aussi" et c'est ce que les amis de Job ont dit et ce que Dieu a reprouvé. Au moins entre autres choses.

Donc, une théodicée chrétienne ne peut pas prendre cette option.

La souffrance injuste existe, en effet, et il y a un casse-tête comment alors Dieu est à la fois toutpuissant et bon.

La réponse de C. S. Lewis en The Problem of Pain ce concentre sur la liberté de certains êtres créés. Les hommes et les anges. Je ne dis pas que la solution est en tout détail correcte (il nie l'individualité d'Adam et Ève, cause probable pour laquelle il a préféré revenir en Anglican que de devenir Catholique, à son époque cette position était impossible dans l'Église catholique).

Or, je viens en davantage de détail de répondre dessus, en espagnol, dans l'article Para resumir y responder a una paradoja de Epicuro elargida. Un athée hispanophone a dit que si Dieu ne pouvait pas créer un univers avec libre arbitre et sans le mal, il ne serait pas toutpuissant. Je rechigne.

Toutpuissance implique transcender les limitations de la société et de la physique, mais pas celles de la logique. Or, un être qui est libre mais ne peut pas choisir le mal* est une contradiction en soi. Plus précisément, personne ne choisit le mal pour "le mal" (même certains satanistes plutôt parce que "c'est cool"), on choisit toujours le mal pour quelque bien. Or le mal moral naît quand un être avec libre arbitre choisit un bien inférieur au dépens d'un bien supérieur (par exemple, la propre gloire d'un être créé au dépens de la gloire de Dieu).

Et le libre arbitre veut dire la liberté de choisir quel bien on veut servir.

Donc, il y a une contradiction, et si celle-ci n'exclut pas le paradis, elle exclut qu'on soit dès le début sûr dans la possession du paradis. Le paradis étant un endroit où personne ne choisit le mal (sous peine d'en être exclu).

Pour que le libre arbitre ne devienne pas un piège qui permettra que tôt ou tard toute personne créé chute, il y a un limite dans le temps pour le choix. Une fois passée la limite, le choix est fixé. Pour les anges, cette limite était (selon l'opinion commune) après la première mise à épreuve. Pour l'homme, après la chute, ce temps est le moment de la mort.

Il y a donc un temps limité dans lequel, dans la vie de chacun, le libre arbitre puisse occasionner le mal moral en un-même.

Mais il doit aussi avoir un temps limité dans lequel les anges chutés peuvent encore mettre à l'épreuve les hommes. Et que les hommes puissent se mettre mutuellement à l'épreuve par incompréhensions ou par péchés de malice envers l'autre. Déjà, pour que le corps puisse ressusciter, car la résurrection des corps des bienheureux ne peut pas être un plaisir sans mélange s'ils doivent après cohabiter avec les méchants et irrémédiablement tels.

Et que cette fin arrive doit être à un moment promis et aussi après la promesse réalisé avec suffisamment de vitesse. Une promesse toujours remise aux Calendes grecques est pire qu'aucune promesse de tout. Or, selon le créationnisme jeune terre, la vieille création, dans laquelle Dieu fit fonctionner un monde matériel et biologique à partir de chaos et de rien, prenait juste quelques jours, et donc le temps que la promesse s'accomplit, que Dieu donc crée un monde sans souffrance injuste à partir d'un monde avec le péché, doit avoir une proportion.

Pour pas mal des Pères de l'Église, comme la création matérielle qui aboutit en nous prit 6 jours, alors le temps au jugement, la création des conditions du jugement, devait prendre 6000 années. Une proportion d'1 : 365 242 et demi, environ. Je pense qu'ils ont pu omettre un fait clef. Le 6e jour est le jour du péché, donc aussi de la rédemption. Mais la rédemption est déjà accessible en Jésus-Christ. Or, pour cette nouvelle création, il y a trois jours encore de "création" pour ainsi dire, 6e, 7e et 1er de la semaine, entre Vendredi et Dimanche. Le jugement sera donc dans le 8e millennaire, avant 8000 après la création car, selon Mt. 24:22 :

Et si ces jours n’avaient été abrégés, nulle chair ne serait sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés


C'est aussi possible que les millennaires ne seront pas strictement 1000 ans, mais plutôt périodes de 930 ans (la durée de vie d'Adam).

I) 930 Adam meurt.
II) 1860 Noé n'a pas encore ses trois fils. Il a probablement des délais déraissonnables pour se marier.
III) 2790 - 2242 = 548 après le Déluge, les nations sont pas juste parsemés sur la terre mais divisées les unes des autres.
IV) 3720 - (2242 + 942) = 536 après la naissance d'Abaham ou 461 après la promesse, les Israélites sont dans le désert.
V) 4650 - (2242 + 942 + 430) = 1036 après l'Exode ou 1036 - 529 = 507 après le Temple, en Exile en Babylone.
VI) 5580 - (2242 + 942 + 430 + 529 + 981) = 456 AD (Jésus est venu 456 ans en avance)
VII) 6510 - (2242 + 942 + 430 + 529 + 981) = 1386 AD
VIII) 7440 - (2242 + 942 + 430 + 529 + 981) = 2316 AD (pas encore venu, mais il reste moins que 456 ans).


Dans cette perspective, on peut déduire que l'attente avant un monde parfait est raissonnable.

À l'inverse, si Adam ne vécut pas il y a environ 7000 ans, mais beaucoup en avant, ou si pas mal d'hommes anatomiques et encore sociaux précédaient à Adam, on remet en question l'historicité de la promesse en Genèse 3 ou le libre arbitre de l'humanité à son échelle individuelle. Et si Adam et Ève n'avaient pas été des individus, il faudrait inventer une mystification permettrant l'affirmation fumeuse d'un libre arbitre à l'échelle collective, ou encore une malédiction pour une chute qui n'était pas libre, parce que collective. Niez la chronologie biblique, et vous détruirez la théodicée.

Hans Georg Lundahl
Nanterre BU
St. Sévérian
21.II.2026

Scythopoli, in Palaestina, sancti Severiani, Episcopi et Martyris, qui, Eutychianis acerrime se opponens, gladio peremptus est.

* Pourvu qu'il ne soit ni Dieu, ni déjà confirmé dans un bien après d'avoir pu choisir le mal. Là, oui, la liberté suprême ne consiste pas à pouvoir choisir le mal, mais d'avoir son choix du bien hors chute possible. Ce n'est pas le cas d'un être créé à son début.

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